Lisa a un messsage pour son cousin Anthony
Conseil : En lisant le texte, écoutez cette musique
On the nature of daylight - Max Richter
Il m’a fallu du temps pour oser t’écrire.
D’abord parce qu’il m’est toujours impossible d’imaginer ton départ, et surtout parce que je me sentais moins légitime de le faire. Mais il y a des choses qu’on garde longtemps en soi avant de trouver comment les laisser exister autrement. Pourtant ça fait peur parce que ça les rend réelles. Comme si écrire te faisait disparaître une nouvelle fois. Mais écrire fait du bien.
Les mots ne savent pas guérir nos maux mais ils savent les apprivoiser, les rendre moins lourds. Écrire est une forme d’art. Et l’art fait du bien. Du moins il me fait du bien. Il me porte et m’accompagne chaque jour. Alors laisse cette musique de Max Richter t’accompagner pendant que tu lis ces quelques lignes..
J’ai lu quelque part que le deuil était comme des paillettes. Au début, il y a l’explosion, tout se disperse, tout s’accroche partout, et il faut essayer de tout nettoyer. Ça prend du temps, beaucoup de temps. Et puis, petit à petit, on finit par ne plus trop en voir. Jusqu’au jour où, sans prévenir, on en retrouve sous le canapé, ou coincées sous un tapis. Et on comprend alors qu’il y en aura toujours, par petites touches, au fil du temps, à jamais.
“Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis”. Cette citation de Victor Hugo est accrochée au-dessus de mon lit depuis quatre ans. Elle me rappelle que tu es toujours présent, d’une autre manière. Tu es là, auprès des filles, auprès de tes parents, auprès de tes proches. J’aime croire que tu es quelque part, encore. Peut-être que cette idée m’aide à tenir debout. Peut-être aussi que c’est réel et que tu es là. Que quelque part, on continue d’avancer avec toi, pour toi.
La vie t’a été injuste. Elle t’a arraché à nous bien trop tôt, alors que tu avais encore tant à vivre, tant à accomplir, tant à aimer. C’est une absence qui ne se comprend pas vraiment. Il reste seulement cette impression que tout a été interrompu en plein mouvement, au milieu de quelque chose de grand, de lumineux. Et cette vérité difficile à accepter, que tu méritais bien plus de temps.
Il y a deux ans, j’ai décidé de partir à l’autre bout du monde pour être au pair, comme toi. Et j’ai trouvé cette famille. Le petit garçon s’appelle Anthony. C’est étrange parfois, la manière dont l’univers semble envoyer des signes. Du moins, j’ai choisi d’y voir un signe, et j’ai plié bagage pour vivre cette aventure. Et quelque part, tu m’accompagnes et tu continues de voyager avec moi. J’ai vécu tellement de belles choses depuis.
Merci pour ce signe.
Lisa.